Alexandre Vilgrain : « Le paysan africain est le meilleur du monde ! »

Auteur 16 octobre 2013 0
Alexandre Vilgrain : « Le paysan africain est le meilleur du monde ! »

Alexandre Vilgrain, PDG de SOMDIAA, groupe spécialisé dans l’industrie agro-alimentaire en Afrique, et Président du CIAN (Conseil Français des Investisseurs en Afrique), était le Grand Invité de l’Economie RFI – Jeune Afrique, une émission diffusée le 5 octobre.

Pendant près d’une heure, il a livré son point de vue sur de nombreux sujets macro-économiques liés à l’Afrique : de la place des entreprises françaises en Afrique à la question de la diplomatie économique en passant par la question foncière, le progrès agricole et la sécurité.

Nous avons retenu trois grands points qui nous ont semblé particulièrement intéressants, dont nous faisons ici un résumé.

Les entreprises françaises en Afrique gagnent en volume

Interrogé sur la position des entreprises françaises en Afrique, historiquement très performantes mais de plus en plus concurrencées par des entreprises venues des pays émergents (Chine, Inde, Brésil), Alexandre Vilgrain s’est montré rassurant.

Il confirme que les entreprises françaises perdent du terrain en termes de parts de marché. Le marché africain est en croissance et, naturellement, de nouvelles entreprises viennent s’y installer. Toutefois et c’est selon le Président du CIAN le plus important, les entreprises françaises en Afrique restent largement en croissance en termes de volume.

Il voit par exemple comme un très bon signe que des entreprises telles que L’Oréal ou Carrefour s’intéressent de près à l’Afrique. Pour Alexandre Vilgrain, l’installation d’entreprises chinoises, indiennes ou brésiliennes ne doit pas être vécue comme une menace mais comme une opportunité. En effet, cet afflux d’entreprises va booster la croissance africaine, faire croître les marchés et ainsi offrir de plus en plus d’opportunités pour les entreprises françaises.

L’espoir d’une PAC africaine

C’est l’un des chevaux de bataille d’Alexandre Vilgrain qui répète souvent que le secteur agricole, pour se développer sainement, a besoin d’être protégé par les Etats. Il n’hésite d’ailleurs pas à taxer le non-respect des accords de Maputo en 2003 (les chefs d’Etat africains s’étaient engagés à consacrer 10% de leurs budgets au développement agricole) de « négligence criminelle ». Il fait toutefois remarquer que les Etats sont soumis à de fortes pressions de la part des consommateurs, qui sont extrêmement sensibles aux variations de prix sur les denrées agricoles de base.

Pour illustrer son propos, Alexandre Vilgrain évoque le développement agricole exemplaire de l’Europe. Grâce à la PAC, qui a permis la protection du marché et l’organisation des paysans en grands groupes coopératifs, l’Europe est devenue autonome sur un grand nombre de produits ; et ce sur un délai assez court (en gros au cours des 30 Glorieuses).

Selon lui, les Etats africains devraient se structurer pour en faire autant. En effet, dans un marché mondial, le produit de l’agriculture africaine sans protection ne peut pas encore être compétitif face aux importations.

Certaines initiatives intéressantes commencent à fleurir en Afrique Centrale, dans l’UEMOA notamment où les pays se concertent pour cultiver des produits locaux à forte valeur ajoutée (en fonction des atouts naturels de leurs territoires) et organisent un commerce régional de bon aloi.

« Le paysan africain est le meilleur du monde »

Selon Alexandre Vilgrain, enfin, « le paysan Africain est le meilleur du monde » ; il l’avait d’ailleurs énoncé lors de son discours au NY Forum for Africa de Libreville (Gabon), lors d’une tribune qui a marqué les esprits.

Au cours de l’interview RFI – Jeune Afrique, il a exprimé à nouveau son admiration pour les compétences agricoles des paysans africains qui parviennent à être productifs et efficaces malgré un cadre réglementaire qui leur est très défavorable : peu de moyens, peu ou pas d’aides gouvernementales, pas de propriétés ni de droit hypothécaire (et donc impossibilité d’hypothéquer pour investir dans du matériel par exemple), etc.

Bien entendu, les paysans africains ne produisent pas encore assez, mais ils produisent. Et si on pouvait leur donner un petit coup de pouce, Alexandre Vilgrain est convaincu que l’agriculture africaine pourrait devenir très performante.

Ecouter la totalité de l’interview d’Alexandre Vilgrain pour RFI – Jeune Afrique.

Crédit image : © RFI

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